Réglementation pour la pratique du va’a en milieu scolaire

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Arrêté N°1227 CM du 30 août 2007
Extrait du JOPF
Quelques conseils pour la pratique du va’a

ARRETE n° 1227 CM du 30 août 2007 réglementant la pratique du va’a en milieu scolaire primaire et secondaire.
(JOPF 06 sep 2007 p.3283, 3284) – NOR DEP0701643AC

LE PRÉSIDENT DE LA POLYNÉSIE FRANÇAISE,

Sur le rapport du ministre de l’éducation, du logement et de la pêche, chargé de l’enseignement supérieur et de la recherche,

Vu la loi organique n° 2004-192 du 27 février 2004 modifiée portant statut d’autonomie de la Polynésie française, ensemble la loi n° 2004-193 du 27 février 2004 complétant le statut d’autonomie de la Polynésie française ;
Vu l’arrêté n° 3985 PR du 29 décembre 2006 modifié portant nomination du vice-président et des autres ministres du gouvernement de la Polynésie française, et déterminant leurs fonctions ;
Vu la délibération n° 2001-160 APF du 11 septembre 2001 portant création de la direction de l’enseignement primaire ;
Vu l’arrêté n° 1479 CM du 16 novembre 2001 portant organisation et définition des domaines d’action de la direction de l’enseignement primaire ;
Vu la délibération n° 87-14 AT du 29 janvier 1987 portant création de la direction des enseignements secondaires ;
Vu l’arrêté n° 190 CM du 19 février 1987 modifié portant organisation des enseignements secondaires ;

Le conseil des ministres en ayant délibéré dans sa séance du 29 août 2007,
arrête :

Article 1er : La réglementation pour la pratique du va’a en milieu scolaire primaire et secondaire est établie conformément aux dispositions annexées au présent arrêté.
Article 2 : L’arrêté n° 1034 CM du 7 septembre 1989 rendant obligatoire le règlement des activités du va’a en milieu scolaire primaire et secondaire est abrogé.
Article 3 : Le ministre de l’éducation, du logement et de la pêche, chargé de l’enseignement supérieur et de la recherche, est chargé de l’exécution du présent arrêté qui sera publié au Journal officiel de la Polynésie française.

Fait à Papeete, le 30 août 2007.
Gaston TONG SANG.
Par le Président de la Polynésie française :
Le ministre de l’éducation,
du logement et de la pêche,
Tearii ALPHA

 ANNEXE à l’arrêté n° 1227/CM du 30 août 2007
RÉGLEMENTATION POUR LA PRATIQUE DU VA’A
EN MILIEU SCOLAIRE
(1er et 2nd degré)

L’arrêté n° 1034/CM du 07 septembre 1989 est abrogé

RÈGLES DE SÉCURITE

I – SAVOIR NAGER

L’enfant doit justifier de l’aptitude à la nage au moyen de la production d’une attestation officielle d’un organisme habilité, sur un parcours en aisance sur une distance de 50 mètres au minimum, départ sauté ou plongé.

Si l’attestation ne peut être produite, l’enfant doit passer avec succès un test de natation consistant en :
– parcours en nage libre sur une distance de 50 m, départ sauté ou plongé ;
– un test d’aisance en immersion.

II – GILET DE SAUVETAGE

Le port du gilet de sauvetage est obligatoire pour tous les élèves. Il appartient à l’enseignant d’en vérifier l’état et de s’assurer que celui-ci est convenablement attaché.

III – ÉQUIPEMENT DE LA PIROGUE

La pirogue doit être équipée de réserves de flottabilité à l’avant et à l’arrière ou tout autre dispositif mis en œuvre par le constructeur assurant la flottabilité de l’embarcation ;

Chaque  pirogue doit disposer d’écopes fixées à l’embarcation à l’aide de cordelettes.

IV – LE PLAN D’EAU

Affichage
Un plan des zones d’activités est affiché sur le site établissant clairement :

      • les différentes limites de navigation ;
      • Les zones dangereuses interdites.

Pour la pratique à caractère exceptionnel, dans des sites sans lagon :

  • L’activité doit faire l’objet d’une autorisation préalable délivrée par le Directeur de l’enseignement primaire ou le Directeur des enseignements secondaires ou le Directeur de l’enseignement privé concerné.
    A cette fin, le directeur d’école ou le chef d’établissement doit transmettre un dossier détaillé indiquant les caractéristiques géographiques du site, les modalités d’encadrement prévues (nombre d’accompagnateurs et qualifications respectives) et recensant les dispositifs de sécurité mis en oeuvre conformément à la réglementation et requis par le contexte géographique.
    Cette autorisation ne peut être délivrée si la pratique en lagon est possible dans une zone proche du lieu pour lequel elle est sollicitée.

Pour la pratique en lagon :

    • L’approche et le franchissement des passes sont strictement interdits ;
    • Dans la zone d’influence directe des passes, il convient de veiller à ce que l’activité puisse être conduite en toute sécurité. A cette fin, l’enseignant en charge de la classe doit analyser avec rigueur les conditions rencontrées, notamment de direction et de force du courant, de même que l’influence de la houle.

V – ORGANISATION DES SECOURS

Le personnel d’encadrement doit disposer des numéros de téléphone des secours (pompiers, médecins, hôpital, gendarmerie) Un affichage de ces numéros, visible de tous, est souhaitable.
Une trousse de premier secours est requise sur le lieu d’activités.

VI – DISPOSITIF DE SAUVETAGE

Il est constitué d’un bateau à moteur d’intervention adapté aux caractéristiques du plan d’eau et à la nature des interventions. Il doit être prêt pour une utilisation immédiate et outre le matériel de sécurité obligatoire pour chaque embarcation, il doit notamment posséder à bord, un dispositif nécessaire au remorquage d’un va’a ;

Dans le cas de la pratique en « haute mer » (hors lagon), le bateau est obligatoirement sur l’eau pour assurer la sécurité et l’enseignement ;

Dans le cas d’utilisation en lagon d’une seule pirogue double avec l’enseignant à bord, la présence sur l’eau du bateau à moteur d’intervention n’est pas indispensable.

VII – ENCADREMENT DE L’ACTIVITE

  1. École élémentaire :
    L’activité est encadrée par une personne possédant une compétence pédagogique  pour le niveau d’intervention qu’elle dirige (cette personne peut être soit un enseignant ou un intervenant extérieur) et par une autre personne chargée de la sécurité ou éventuellement d’une animation à terre (cette personne peut être soit un enseignant soit un intervenant extérieur).
    L’une au moins de ces deux personnes doit être titulaire de l’attestation de formation aux premiers secours (AFPS ou équivalence)
    Ces modalités sont valables pour un nombre d’élèves correspondant à l’effectif de la classe.
  2. Enseignement secondaire :
    L’activité est encadrée obligatoirement par le professeur d’Education Physique et Sportive. Il peut être secondé par toutes autres personnes possédant les compétences pour encadrer l’activité, et/ou par un personnel assurant la sécurité des élèves restés à terre.
    Ces modalités sont valables pour un nombre d’élèves correspondant à l’effectif de la classe.

VIII – ENVIRONNEMENT CONVENABLE

L’enseignant, responsable pédagogique de la classe est habilité à suspendre la  sortie en va’a  s’il juge les conditions de sécurité insuffisantes (conditions météorologiques défavorables, force du vent, état de la mer…. ou toutes autres raisons liées à l’inadaptation du matériel ou à l’insuffisance de l’encadrement).

IX – NOMBRE D’EMBARCATIONS SUR L’EAU

Le nombre d’embarcations sur l’eau est laissé à l’appréciation du responsable de l’activité en fonction du niveau de pratique de ses élèves et du type d’embarcations utilisées. Cependant,  l’activité ne peut se dérouler avec plus de 4 embarcations simultanément sur le plan d’eau.

 

QUELQUES CONSEILS POUR LA MISE EN OEUVRE
DE L’ACTIVITÉ VA’A À L’ÉCOLE

Ce document ne se substitue pas à la réglementation existante (Arrêté n° 1227/CM  du 30 août 2007 abrogeant l’arrêté n°1034/CM du 7 septembre 1989) mais vise à alimenter la réflexion des équipes pédagogiques dans la mise en œuvre de cette activité.

I – PROGRAMMER LA PRATIQUE DU VA’A DANS LE TEMPS D’ÉDUCATION PHYSIQUE ET SPORTIVE

L’inscription de l’activité va’a dans la programmation EPS d’une école permet un traitement de la compétence : « adapter ses déplacements aux différents types d’environnements »
Elle contribue donc à se rapprocher des exigences des programmes.
Par ailleurs, l’activité va’a appartient au patrimoine culturel des élèves polynésiens et, à ce titre, est pour eux porteuse de sens et recueille leur adhésion.

La mise en place de l’enseignement de l’activité va’a :

  • s’avère coûteuse (autant au plan financier qu’en termes de préparation et d’entretien du matériel)  Le coût d’une pirogue est élevé ce qui implique très généralement la coopération avec un club et l’usage de matériel rarement adapté aux exigences de l’enseignement en milieu scolaire.
  • pose de manière systématique des questions relatives à la sécurité. La construction de compétences relatives à une pratique sécurisée constitue même un des premiers objectifs des séquences d’enseignement.
  • Le matériel est multiple (pirogues lourdes et encombrantes, malaisément manipulables hors de l’eau, rames, écopes, gilets de sauvetage…) ; il requiert une vigilance constante et un entretien régulier.
  • Les risques induits par une pratique nautique (l’immersion des élèves en cas de chavirage peut déclencher des effets de panique) existent et doivent être pris en compte dans les contenus d’enseignement et l’organisation de la leçon.

II – ETAT DES LIEUX

1)  Un premier constat s’impose : la diversité est de règle et normaliser la pratique dans toutes les écoles conduirait à condamner des organisations qui font, ici et là, la preuve de leur efficacité.

2)  Il existe un enseignement du va’a là où existent des conditions facilitantes :

  • Stabilité de l’équipe éducative ;
  • Proximité d’une école de va’a ou d’un club ouvert à la participation des scolaires ;
  • présence au sein de l’équipe d’un « expert », souvent pratiquant lui-même, enseignant ou intervenant extérieur.

III – CONSEILS RELATIFS À LA MISE EN OEUVRE

Nous examinerons successivement les éléments de sécurité à prendre en compte puis nous envisagerons des dispositifs internes à l’école permettant d’optimiser l’enseignement du va’a.

III-1) Sécurité « passive »

–   le matériel :
Les élèves doivent disposer d’un gilet de sauvetage et il appartient à l’enseignant de s’assurer que celui-ci est convenablement attaché. Chaque embarcation doit être pourvue d’écopes. Il convient de s’assurer de la flottabilité des pirogues elles-mêmes et de leur état avant la mise à l’eau. Celle-ci requiert des précautions particulières de manière à éviter les chocs ; la même vigilance lors de la navigation garantira des collisions.

–   le lieu d’exercice :
Il convient qu’à chacune des leçons l’enseignant définisse explicitement le périmètre de navigation en fonction des conditions météorologiques et des contenus de sa leçon.

Il va de soi enfin qu’un site aussi sécurisé soit-il devient dangereux dans des conditions de mer agitée ou de vent fort. L’enseignant, à chacune des leçons doit apprécier les risques encourus et la prise de décision de maintien ou de suppression  de l’activité lui revient.

–   la surveillance :
L’enseignant, toujours accompagné d’un autre intervenant, se trouve donc en situation de choisir l’organisation pédagogique et son propre positionnement : être sur l’eau ou sur le bord ? Enseigner et/ou surveiller ? Le choix n’est pas si simple : il doit tenir compte du site, de l’expertise technique des élèves et de leur maturité, de leur comportement, des contenus même de la leçon, des conditions météorologiques, des compétences techniques et pédagogiques de l’intervenant…
Le bateau de sécurité : son caractère obligatoire cristallise les préoccupations sécuritaires des enseignants, à tel point que beaucoup d’entre eux s’empressent de passer le permis, persuadés, à tord, d’acquérir par-là même les compétences nautiques leur permettant d’enseigner « en toute sécurité » Or, l’aisance du pilotage d’un bateau à moteur s’acquiert non par l’obtention du permis mais par la pratique. Un pilote débutant constitue un danger potentiel avant d’être une aide éventuelle.

Quelques mises au point s’imposent :
certains bateaux utilisés disposent d’un moteur inférieur à 10CV ; Ils présentent l’avantage d’être pilotés sans permis mais leur manque de puissance les rend impropres à toute intervention sur des pirogues lourdes a fortiori dans des conditions de houle ou de vent fort. Si en plus de l’enseignant le bateau transporte un ou des élèves, il s’avère incapable de secourir une pirogue !
Les moteurs de 15CV qui équipent la majorité des bateaux de sécurité ont la puissance requise pour se déplacer rapidement sur un plan d’eau (à condition de ne pas être surchargés d’élèves « en attente ») et permettre à l’enseignant de conseiller et guider un équipage qui vient de chavirer mais ne peuvent prétendre à envisager une action de remorquage efficace.

III-2) Sécurité active

Le premier risque encouru lors de la pratique de toute activité nautique ou aquatique est bien évidemment la noyade.
Pour y parer des précautions simples s’imposent :

  •    La vérification préliminaire du savoir nager (cf. réglementation)
  •    Le port d’un gilet de sauvetage dûment attaché
  •    L’apprentissage dès les premières leçons des manœuvres à opérer en cas de chavirage pour remettre la pirogue à flot, la vider et réintégrer son bord (opération qui peut s’avérer problématique pour des élèves en surpoids) : ces premières compétences à faire acquérir aux élèves concernent donc la sécurité. Elles éviteront tout phénomène de panique en cas de dessalage imprévu.

III-3) Créer les meilleures conditions de pratique

–   Confier l’apprentissage de la pirogue à des enseignants compétents
Il convient de rappeler ici que l’enseignant est à même d’apprécier si son expertise lui permet ou non d’enseigner telle ou telle activité dans des conditions de sécurité optimales.

Au sein de l’équipe éducative de l’école l’échange de service est une solution à envisager si le titulaire de la classe ne se sent pas compétent.

–   Offrir aux élèves un temps de pratique suffisamment long
Le va’a exige un temps de préparation et de rangement du matériel relativement long auquel il faut ajouter un temps d’explication initiale et un bilan final qui réduisent d’autant le temps de pratique effective. La base nautique utilisée est de surcroît souvent éloignée de l’école…Rappelons que les programmes insistent sur la nécessité d’une dizaine de séances consécutives de pratique pour espérer une stabilisation des apprentissages.

Par séance le temps effectif de pratique ne devrait pas être inférieur à une heure compte tenu de l’obligation de procéder à des rotations de rameurs. Par ailleurs, le temps de trajet ne peut être supérieur au temps d’activité effective.
Face à ces contraintes il est souhaitable de se poser la question de l’intérêt d’un aménagement horaire, regroupant les trois heures hebdomadaires d’éducation physique pour la durée du cycle de va’a.

–   Choisir les niveaux de classe concernés
En raison des dangers liés au portage d’un matériel lourd dans des espaces souvent encombrés et sur un sol inégal ou glissant il ne paraît pas souhaitable de proposer cette activité à d’autres classes que les CM1, CM2 et CJA. Cependant, dans le cadre d’une structure proposant du matériel adapté à l’âge des élèves on peut envisager de concerner des élèves plus jeunes.

En conclusion, la programmation d’une activité comme le va’a, inscrite dans le patrimoine de nos élèves ne peut qu’être recommandée.
Elle ne peut pourtant l’être au prix de leur sécurité.

 

Document réalisée en référence de la circulaire proposée pour le secondaire
par Madame Michèle BECK  –   IPR/IA EPS